Au pays de la nature

11 juin 2010

Malicorne

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« Malicorne est un petit village de Puisaye, le pays de Colette, situé au nord de la Bourgogne.

Dans cette campagne grasse, verdoyante, légèrement vallonnée, on peut enlever sa montre et s'insérer dans le rythme de la nature.

Ce livre est né de mes promenades dans cette campagne.

Il s'est fait un peu tout seul. J'en ai été plus le spectateur que l'auteur. Je le dois aux traînées de lumière dorée sur le tapis luisant des pervenches dans la pénombre du sous-bois.

Là, une grande paix m'envahit. Attentif aux sons et aux odeurs, je m'éveille à la présence tranquille du monde végétal. Je me sens vivant, à la surface de la planète Terre, à l'instant présent de l'évolution de l'univers. »


Hubert Reeves s'interroge ici sur les rapports entre science et culture, « entre ce qu'on sait et ce qu'on fait » : en quoi les nouvelles connaissances scientifiques modifient-elles le regard que nous portons sur notre activité d'humains ? Des réflexions qui prennent valeur de témoignage et d'inspiration.

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21 mai 2010

Edgar Degas photographe

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Edgar Degas  était passionné de photographie et collectionnait les estampes japonaises. Sa toile La classe de danse témoigne de ces deux influences par sa composition asymétrique.

Editeur : BNF

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05 mai 2010

Déjeuner des Canotiers

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Renoir travailla au "Déjeuner des Canotiers", d'avril à juillet 1881. Il a réuni, sur la terrasse de l'Auberge du Père Fournaise, tous ses amis et modèles pour participer à cette grande oeuvre.

La toile mesure 130 x 173 cm. Au premier plan, à gauche, Aline joue avec son petit chien. Derrière elle se tient Hippolyte Alphonse Fournaise, le fils du propriétaire de l'auberge. Accoudée à la rambarde, Alphonsine Fournaise, sa soeur, écoute le Baron Raoul Barbier assis dos tourné. Ce dernier, ancien officier de cavalerie, avait la réputation d'être un amateur de canots, de chevaux... et de jeunes femmes.

Au premier plan, à droite, se trouve le peintre Gustave Caillebotte, régatier, architecte naval ... et millionnaire, premier mécène des impressionnistes. Assis à califourchon sur une chaise, il écoute discrètement l'actrice Ellen André tandis que Maggiolo, directeur du journal "Le Triboulet " se penche vers elle.

   Derrière eux, le petit groupe est formé du journaliste Paul Lhote avec un pince-nez, d'Eugène-Pierre Lestringuez et de l'actrice de la Comédie Française Jeanne Samary.

Au centre, le modèle Angèle boit, assise à côté d'un homme dont on aperçoit juste le profil. Le cinéaste Jean Pierre Jeunet fera d'Angèle l'héroïne de référence du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain. Quant au jeune homme, l'inconnu du tableau dont on ne découvre que le visage, on raconte qu'il pourrait s'agir de Renoir qui se serait planté là pour éviter une composition à treize personnages qui aurait rappelé "La Cène".  Derrière Angèle se tient le financier Ephrussi coiffé d'un chapeau haut de forme. Editeur de La Gazette des Beaux-Arts, il converse avec le poète Jules Laforgue. En arrière plan, au travers des saules miroite la Seine sur laquelle passent des voiliers.

L'ambiance est heureuse et sereine. Pourtant, Renoir dont la situation financière de l'époque n'était pas brillante, ne savait pas, lorsqu'il commença cette oeuvre majeure, s'il pourrait la terminer. Le Déjeuner des Canotiers fait aujourd'hui partie de la célèbre collection Duncan Philipps conservée à Washington. Dans son carnet de voyage, le collectionneur notera à propos de cette toile : « l'oeuvre de Renoir est débordante d'une bonne humeur contagieuse ».

 

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Entre source et nuages

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Entre source et nuage n'est pas une simple anthologie, mais la transcription d'un héritage poétique et spirituel auquel François Cheng donne ici une vie renouvelée, avec toute la ferveur née de son expérience intérieure de poète naviguant entre deux langues et deux cultures.

Ce recueil se compose principalement de poèmes de la dynastie des Tang (618-907) et de celle des Sung (960-1279), qui font partie de l'âge d'or de la poésie classique chinoise. Li Po, taoïste, chante la communion totale avec la nature et les êtres; Tu Fu, ,confucéen, exprime le destin douloureux de l'homme, mais aussi sa grandeur; Wang Wei, l'adepte du bouddhisme Ch'an, fixe ses méditations dans des vers d'une parfaite simplicité. A coté de ces géants, d'autres voix dans la Chine contemporaine participent de la même aventure. Malgré une histoire sauvent tragique, les poètes de la Chine d'hier et d'aujourd'hui ont su porter témoignage d'une spiritualité toujours vivante.

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03 mai 2010

Vide et plein

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1- La conception du vide

a) Le Vide participant du nouménal

(p.27) Le Vide est le fondement même de l’ontologie taoïste. Ce qui est avant Ciel-Terre, c’est le Non-avoir, le Rien, le Vide. Au point de vue de la terminologie, deux termes ont trait à l’idée du Vide : wú / et xū / (par la suite, les bouddhistes privilégieront un troisième terme : kōng ). Les deux, étant solidaires, sont parfois confondus. Néanmoins, chacun des deux termes peut être défini par le contraire qu’il appelle. Ainsi wú / , ayant pour corollaire yǒu « Avoir », est généralement traduit en Occident, par « Non-avoir » ou « Rien » ; tandis que xū / , ayant pour corollaire shí / « Plein », est traduit par « Vide ».

Chez Lao-tzu comme chez Chuang-tzu, si l’Origine de l’Univers est le plus souvent désigné par le wú / « le Rien », xū / est employé lorsqu’il s’agit de qualifier l’état originel auquel doit tendre tout être. À partir de l’époque Sung, notamment grâce qu philosophe Chang Tsai qui consacra l’expression tàixū « Vide suprême », xū / est devenu le terme consacré pour désigner le Vide.

Lao Zi (40) L’Avoir produit les Dix mille êtres, mais l’Avoir est produit par le Rien

Chuang Zi (Ciel-Terre) A l’origine, il y a le Rien (wú / ) ; le rien n’a point de nom Du Rien est né l’Un ; l’Un n’a point de forme.

b) Le Vide participant du phénoménal

(p.29) Le Vide n’est pas seulement l’état suprême vers lequel on doit tendre ; conçu comme substance lui-même, il se saisit à l’intérieur de toutes choses, au cœur même de leur substance et de leur mutation. Le Vide vise la plénitude. C’est lui en effet qui permet à toutes choses « pleines » d’atteindre leur vraie plénitude.

Lao Zi (45) La grande plénitude est comme le vide ; alors elle est intarissable

(pp.29-30) Dans l’ordre du réel, le Vide a une représentation concrète : la vallée. Celle-ci est creuse, et, dirait-on, vide, pourtant elle nourrit et fait pousser les choses ; et portant toutes choses en son sein, elle les contient sans jamais se laisser déborder et tarir. […] L’image de la vallée est liée à celle de l’eau. L’eau comme les souffles, apparemment inconsistante, pénètre partout et anime tout. Partout le plein fait le visible de la structure, mais le Vide structure l’usage.

Lao Zi (78) Rien au monde de plus souple de plus faible que l’eau. Mais pour attaquer le fort, qui sera jamais comme l’eau ? Le Vide en elle l’a rend transformante.

Trente rayons se rejoignent en un moyeu unique ; ce vide dans le char en permet l’usage. D’une motte de glaise on façonne un vase ; ce vide dans le vase en permet l’usage. On ménage portes et fenêtres pour une pièce ; ce vide dans la pièce en permet l’usage. L’Avoir fait l’avantage, mais le Non-avoir fait l’usage.

2- Le vide dans la peinture chinoise

(pp. 42-43) C’est dans ce contexte à la fois philosophique et esthétique qu’intervient l’élément central de la peinture chinoise ; le Trait de pinceau. Nous allons voir, plus loin, tout le contenu spécifiquement pictural du Trait. Ici, sous l’angle philosophique, il nous suffit de souligner que le Trait tracé, aux yeux du peintre chinois, est réellement le trait d’union entre l’homme et le surnaturel. Car le Trait, par son unité interne et sa capacité de variation, est Un et Multiple. Il incarne le processus par lequel l’homme dessinant rejoint les gestes de la Création. (L’acte de tracer le Trait correspond à celui même qui tire l’Un du Chaos, qui sépare le Ciel et la Terre). Le Trait est à la fois le Souffle, le Yin-Yang, le Ciel-Terre, les Dix-mille êtres, tout en prenant en charge le rythme et les pulsions secrètes de l’homme.

(p.47) Le Trait dont nous venons de cerner la réalité ne fonctionne à plein que grâce au Vide. S’il doit être animé par les souffles et le rythme, il faut avant tout que le Vide le précède, le prolonge, et même le traverse.

 

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29 avril 2010

François Cheng (Cinq méditations sur la beauté )

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François Cheng, membre de l’Académie française, dans un ouvrage "Cinq méditations sur la beauté", Albin Michel, 2006, s’interroge sur le thème de la beauté puisant aux sources de la langue et de la culture chinoise, et de la culture occidentale. Ce livre est avant tout une histoire de rencontres, d’abord avec ses amis, artistes, scientifiques, philosophes, psychanalystes, écrivains, connaisseurs ou non de l’Orient qu’il a sollicités pour échanger avec lui sur le thème de l’existence de la beauté, au cours de cinq soirées. Ensuite est venu le temps de l’écriture, fruit de cette histoire singulière où l’homme, François Cheng se donne tout entier avec humilité.

Au coeur de l’ouvrage, l’évolution de la beauté comme expérience, est ici mise en perspective avec une autre réalité, celle du "mal" qui fait face. Que signifie l’existence de la beauté pour notre propre existence ? Qu’est-ce qui rend possible la beauté ? Qu’est-ce que la vraie beauté ? François Cheng nous parle de la "beauté-bonté" rappelant que chaque être humain est unique, nous livrant aussi la jolie formule "d’unicité d’instant" Chacun peut faire l’expérience de la beauté. Pour lui, la beauté est toujours un advenir. Dans l’amour comme dans la beauté, tout vrai regard est un regard croisé. La beauté attire la beauté. Au fil des pages sont convoqués avec finesse les grands noms de la pensée chinoise, de la philosophie française, allemande, de la poésie, de la musique et de la peinture : Paul Claudel, Bergson, Kant, Confucius, Laozi, Beethoven, Léonard de Vinci ou Cézanne, pour ne citer que quelques noms.

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28 avril 2010

Le Rouge-Cloître 5

 

 

Le Rouge-Cloître en 1606, gravure.

Les quinze étages (il n'en reste aujourd'hui plus que cing), la somptueuse église bâtie en grès blanc et décorée de toiles de Rubens, les nombres autres bâtiments, les champs, les vergers, les jardins potagers, tous ces éléments en firent la perle de la forêt de Soignes.

 

En 1693, un incendie ravagea une partie des bâtiments. La bibliothèque qui recelait un trésor de manuscrits, enluminures et reliures réalisés sur place fut heureusement épargnée par les flammes. Certains de ces livres furent transférés en 1794 à la bibliothèque impériale de Vienne. Les bâtiments qui existent encore actuellement ne donnent qu'une faible idée de la splendeur passée de l'abbaye.

 

Le prieuré en 1725, gravure.

 

 

En 1783, le décret de Joseph II supprima de nombreux ordres contemplatifs jugés inutiles, dont le couvent de Rouge-Cloître. Dès lors, les religieux n'avaient que le choix de chercher à entrer dans une autre congrégation ou dans la sécularisation.

La communauté de Rouge-Cloître se dispersa et ses biens mobiliers furent vendus. C'est ainsi que les plus beaux manuscrits de la bibliothèque après avoir été donnés à la Chambre Héraldique se retrouvèrent dans les collections impériales de Vienne, l'autel de Saint Augustin à l'église de Brages, l'autel de Saint Ubald à l'église Saint Pierre de Wezembeek, le maître-autel à l'église Notre-Dame-du-Lac de Tirlemont, la statue de ce maître-autel à l'école normale de cette même ville (pour n'en citer que quelques-unes, parmi toutes les oeuvres provenant de Rouge-Cloître).

Après quelques péripéties qui laissèrent croire à un renouveau du couvent, celui-ci fut définitivement supprimé en 1796. Vendue, la propriété changea alors souvent de propriétaires. L'église brûla en 1834. Lors de la vente publique, les bâtiments déserts devinrent la proie des spéculateurs et bientôt s'y installèrent les premiers industriels. Sur le site fut installé une verrerie dans la Maison de Savoie, une teinturerie dans la maison à côté du moulin, une filature dans la maison du portier, puis vers 1873 une blanchisserie, une fabrique mécanique de fagots, et enfin un restaurant au début du XXe siècle.

Toutefois, ces diverses entreprises n'endommagèrent pas trop le site et elles disparurent vers la fin du XIXe siècle.

Le site du Rouge-Cloître devint alors un lieu de prédilection pour les artistes qui, attirés par le charme de l'ancienne abbye, se mirent à fréquenter le lieu.

En 1900, après un projet de construction d'un barrage qui aurait noyé toute la vallée, on envisagea l'assèchement des étangs en vue de la construction d'un lotissement ou encore de l'installation d'un jardin zoologique. Ceci eut de bon que l'opinion alertée amena les pouvoirs publics à prendre des mesures de sauvegarde.

En 1910, le domaine fut acquis par l'Etat belge, ce qui mit fin aux menaces de morcellement et aux projets d'exploitation saugrenus.

Le site fut classé en 1959 et devint propriété de la Région de Bruxelles-Capitale en 1992.

Aujourd'hui, la gestion du site est partagée entre la Régie Foncière de la Région de Bruxelles-Capitale qui a la responsabilité des bâtiments, et l'Institut Bruxellois de Gestion de l'Environnement qui a en charge les espaces non bâtis. Depuis les années septante, la Commune d'Auderghem loue certains des bâtiments à la Région bruxelloise tels que celui qui renferme le Centre d'Art ou encore des locaux accueillant actuellement des ateliers d'artistes. L'inauguration du Centre d'Art se fit en 1977.

Le trésor perdu

Il existe une légende qui raconte qu'on aurait caché un trésor dans le site du Rouge-Cloître! Ce trésor serait constitué d'objets de culte en or et en argent, et de pièces de monnaie.

A la suite de l'édit de Joseph II, tous les biens du prieuré furent mis sous séquestre. Lors de l'inventaire effectué en 1784, on constata que les biens les plus précieux avaient disparus. A la suite de cette découverte, on arrêta un prieur nommé Terlaken. Il fut interrogé et mis au secret, mais rien n'y fit, on ne sût jamais où le trésor fut caché. L'enquête fut interrompue à la suite de la Révolution brabançonne et de la Révolution française. Depuis, de nombreuses recherches ont été effectuées par les propriétaires successifs. Mais en vain... Personne ne trouva jamais le trésor perdu de Rouge-Cloître!

Faites donc bien attention en vous baladant sur le site et peut-être aurez-vous la chance de découvrir quelques richesses au détour d'un chemin!

 

Sources: A. MAES, Rouge-Cloître, Rood Klooster, plaquette publiée par la commune d'Auderghem et "Les prieurés de Val-Duchesse et de Rouge-Cloître. Conseil de Défense des sites historiques d'Auderghem", 1964.

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27 avril 2010

Le Rouge-Cloître 4

Portrait de moine par Hugo Van der Goes. Ce portrait nous montre l'aspect des compagnons du peintre pendant les dernières années de sa vie. (Metropolitan Museum of Art, New York).

Jusqu'au XVIIe siècle, il y avait deux catégories de religieux au prieuré de Rouge-Cloître : les chanoines et les frères convers. La vie des chanoines était réglée suivant un horaire très strict et chacun travaillait sous la direction du prieur. Ils ne participaient que rarement aux travaux matériels qui étaient assumés par les frères convers (brasserie, moulin, entretien des bâtiments, pêche, exploitation agricole et accueil des visiteurs).

Grâce à la puissante protection de nos souverains, Rouge-Cloître atteignit le sommet de sa splendeur matérielle sous le règne de Charles Quint, qui, déjà en 1513, fit un don en vue de la construction d'une nouvelle église et en 1535 construisit la Maison de Savoie, appelée ainsi parce qu'un duc de Savoie fut le premier à y loger. Elle hébergeait le réfectoire et les appartements des hôtes de passage. On en voit une illustration sur une des 12 tapisseries réalisées aux environs de 1540 qui représentent les "Chasses de Maximilien". Actuellement, ces oeuvres peuvent être admirées au Musée du Louvre.

Cette paix bénie ne fut pas de longue durée. La montée du luthéranisme contraignit les religieux à s'exiler dans leur refuge de la rue des Alexiens à Bruxelles de 1581 à 1607, après que le couvent fut pillé par les hérétiques en 1572. Dès cette époque, le déclin de la communauté devint de plus en plus marqué. La fin du XVIIe siècle fut marquée par des crises internes qui affaiblirent fortement le niveau spirituel d'antan. D'importantes transformations, entreprises vraisemblablement entre 1670 et 1680 par le prieur mégalomane Gilles de Roy, faillirent mener le couvent à la ruine. De plus, les lourdes contributions imposées par les pouvoirs publics au milieu du XVIIIe siècle réduisirent le patrimoine du couvent.

Une fois la période des désordres terminée, la vie courante repris au Rouge-Cloître. Les religieux, de retour à Auderghem après 30 ans d'exil, restaurèrent les bâtiments délabrés et renforcèrent leur action pour la défense de l'idéal de Windesheim. Le prieuré fut reconstruit et développé aux XVIIe et XVIIIe siècles pour lui donner son aspect définitif. Ce monastère comptait parmi les plus prestigieux des Pays-Bas. Des personnages célèbres y séjournèrent, notamment les archiducs Albert et Isabelle.

Sources: A. MAES, Rouge-Cloître, Rood Klooster, plaquette publiée par la commune d'Auderghem et "Les prieurés de Val-Duchesse et de Rouge-Cloître. Conseil de Défense des sites historiques d'Auderghem", 1964.

 

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19 avril 2010

Le Rouge-Cloître 3

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Le prieur Daneels rendit les bâtiements dignes de l'importance croissante du monastère. La première pierre de l'église fut posée le 31 mai 1381, sous la direction de l'architecte Adam Gherijs, architecte de la duchesse Jeanne. L'église fut consacrée en 1385. Entre-temps on avait bâti la sacristie, des cloîtres et le premier mur d'enceinte, tandis que les religieux avaient défriché, asséché les marais, nivelé et préparé les terres pour la culture.

Le choix du site d'implantation du monastère était très judicieux : les forêts des alentours apportaient non seulement la paix et la solitude propices au recueillement, mais elles procuraient également le bois d'oeuvre et celui de chauffage. Les pentes sablonneuses livraient du grès calcaire, un matériau de construction de bonne qualité ; plusieurs sources débitaient une eau pure alimentant des étangs poissonneux.

Guillaume Daniels mourut en 1392 et le Zélandais Hendrik Wisse lui succéda. Peu après, une enceinte fut construite autour du domaine : celle-ci subsiste encore en grande partie.

Les trois prieurés existants dans la forêt de Soignes au début du XVe siècle, Groenendael, Rouge-Cloître et Sept Fontaines, avaient adopté la règle des chanoines de Saint Victor préconisée par Ruysbroeck, ce qui ne pouvait manquer de les rapprocher. C'est ainsi que fut constituée en 1402 une congrégation dont Groenendael prit la tête.

En 1412, la congrégation de Groenendael rallia celle de Windesheim. Ces chapitres poursuivaient un but analogue : défendre le meilleur de l'acquis des ordres monastiques anciens en déclin, préserver l'application des constitutions de l'usure et du goût de la facilité, accorder une place prééminente à l'ascèse, à la prière, à la méditation et à la pénitence. Le prieur général fut le chef du couvent de Windesheim. L'objet principal du chapitre était de veiller à l'unification et à l'application vigilante de la règle commune, et de répandre l'idéal des chanoines aussi largement que possible. Les prieurés unis gagnèrent la protection constante de Rome, une vigueur et un attrait qui leur valut une expansion considérable.

C'est à partir de son intégration au hapitre de Windesheim que le prieuré de Rouge-Cloître vit s'élargir son horizon et que ses activités devinrent remarquables. Beaucoup de charges furent confiées par le chapitre général à des chanoines de Rouge-Cloître auprès d'autres couvents.

Jusqu'à la fin du siècle, le prieuré vécut paisiblement, embellissant ses bâtiments, ornant son église d'une triple rangée de stalles en gothique flamboyant, construisant l'infirmerie ainsi qu' une voûte pour capter les eaux à la sortie des étangs supérieurs. Les chanoines menaient une vie édifiante et enrichissaient leur bibliothèque de copies executées dans leur scriptorium, de travaux originaux de certains moines, de dons, d'achats et de legs.

Parmi eux figuraient nombre d'ouvrages en langue populaire à destination des frères convers.

Les écrits originaux des religieux de Rouge-Cloître constituaient la principale richesse de leur bibliothèque : ceux de l'hagiographe Jean Gielemans (mort en 1487), la chronique de Gaspar Ofhuys (mort en 1523), les méditations d'Arnold Buderick (mort en 1444), les oeuvres de Gilles de Wilde (mort en 1502), les vies de saints écrites par Antoine Gheens (mort en 1543), ainsi qu'une des premières versions en langue vulgaire des quatre évangiles.

En bon ordre figuraient les ouvrages d'auteurs appartenant aux autres couvents de la congrégation, mais beaucoup plus nombreux étaient les ouvrages des Pères de l'Eglise : de Saint Augustin, des martyrologues, des psautiers, des ouvrages de théologie, etc. Certains manuscrits dataient du XIIe siècle.

Les écrits des années 1500 mentionnent la "Rubea vallis" (vallée rouge). Ceci indique que le terme"roo" ou "rode" avait déjà été interprété comme se rapprochant à une couleur.

Vers 1540, les chanoines s'attelèrent à la réalisation d'un catalogue collectif de tous les livres et manuscrits existants dans 105 bibliothèques conventuelles des Pays-Bas et d'Allemagne. Ce document est d'un grand intérêt pour la connaissance de l'histoire spirituelle au début du XVIe siècle. La réputation de la bibliothèque de Rouge-Cloître allait de pair avec celle de son scriptorium et de son atelier de reliure, qui rivalisait avec celui de Groenendael. Le caractère artistique de ses productions, leur élégance et leur richesse atteignirent toute la perfection possible de l'époque.

C'est durant cette période que le peintre Hugo van der Goes se retira au Rouge-Cloître en tant que frère convers, il mourut en ce lieu, en 1482.

Une  pierre apposée sur la façade de la Maison de Savoie y rappelle sa retraite.

Sources: A. MAES, Rouge-Cloître, Rood Klooster, plaquette publiée par la commune d'Auderghem et "Les prieurés de Val-Duchesse et de Rouge-Cloître. Conseil de Défense des sites historiques d'Auderghem", 1964.

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30 mars 2010

Le Rouge-Cloître 2

Je vous souhaite une bonne journée et un bon mardi

En 1369, ils obtinrent la consécration de leur chapelle qui fut dédiée à Saint Paul, le droit d'édifier un autel et de lire les offices, mais non celui d'administrer les sacrements. En 1372, ils reçoivent l'approbation de leur mode de vie, de leurs règles liturgiques, de leur institution même.

Les cinq ermites présents à ce moment, appartenant à des familles d'officiers de la duchesse Jeanne et riches de sa protection, décident alors de transformer l'ermitage en couvent. En 1373, ils agrandissent les bâtiments, consacrent un nouvel autel et un cimetière. En 1374, Guillaume Daneels est désigné premier prieur de la communauté. Le Rode Cluse devient alors le Prieuré de Saint Paul en Soignes, dit Rubea Vallis, et appelé ensuite communément Roodclooster, Rouge-Cloître, nom qui lui est resté jusqu'à ce jour.

 

Habit de chanoine régulier de Rouge-Cloître. Gravure du XVIIIe siècle.

 

Grâce aux nombreux privilèges reçus de la duchesse Jeanne, entre autres l'exemption d'impôts, le couvent s'épanouit et prospéra rapidement. La duchesse combla le Rouge-Cloître de dons et d'avantages, notamment les terres et les étangs des environs. Il disposait de ses propres moulins à eau et l'on pouvait moudre le grain et presser l'huile. Le bétail pouvait pâturer dans les bois environnants.

Sources: A. MAES, Rouge-Cloître, Rood Klooster, plaquette publiée par la commune d'Auderghem et "Les prieurés de Val-Duchesse et de Rouge-Cloître. Conseil de Défense des sites historiques d'Auderghem", 1964.

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