g136_RougeCloitre

Le prieur Daneels rendit les bâtiements dignes de l'importance croissante du monastère. La première pierre de l'église fut posée le 31 mai 1381, sous la direction de l'architecte Adam Gherijs, architecte de la duchesse Jeanne. L'église fut consacrée en 1385. Entre-temps on avait bâti la sacristie, des cloîtres et le premier mur d'enceinte, tandis que les religieux avaient défriché, asséché les marais, nivelé et préparé les terres pour la culture.

Le choix du site d'implantation du monastère était très judicieux : les forêts des alentours apportaient non seulement la paix et la solitude propices au recueillement, mais elles procuraient également le bois d'oeuvre et celui de chauffage. Les pentes sablonneuses livraient du grès calcaire, un matériau de construction de bonne qualité ; plusieurs sources débitaient une eau pure alimentant des étangs poissonneux.

Guillaume Daniels mourut en 1392 et le Zélandais Hendrik Wisse lui succéda. Peu après, une enceinte fut construite autour du domaine : celle-ci subsiste encore en grande partie.

Les trois prieurés existants dans la forêt de Soignes au début du XVe siècle, Groenendael, Rouge-Cloître et Sept Fontaines, avaient adopté la règle des chanoines de Saint Victor préconisée par Ruysbroeck, ce qui ne pouvait manquer de les rapprocher. C'est ainsi que fut constituée en 1402 une congrégation dont Groenendael prit la tête.

En 1412, la congrégation de Groenendael rallia celle de Windesheim. Ces chapitres poursuivaient un but analogue : défendre le meilleur de l'acquis des ordres monastiques anciens en déclin, préserver l'application des constitutions de l'usure et du goût de la facilité, accorder une place prééminente à l'ascèse, à la prière, à la méditation et à la pénitence. Le prieur général fut le chef du couvent de Windesheim. L'objet principal du chapitre était de veiller à l'unification et à l'application vigilante de la règle commune, et de répandre l'idéal des chanoines aussi largement que possible. Les prieurés unis gagnèrent la protection constante de Rome, une vigueur et un attrait qui leur valut une expansion considérable.

C'est à partir de son intégration au hapitre de Windesheim que le prieuré de Rouge-Cloître vit s'élargir son horizon et que ses activités devinrent remarquables. Beaucoup de charges furent confiées par le chapitre général à des chanoines de Rouge-Cloître auprès d'autres couvents.

Jusqu'à la fin du siècle, le prieuré vécut paisiblement, embellissant ses bâtiments, ornant son église d'une triple rangée de stalles en gothique flamboyant, construisant l'infirmerie ainsi qu' une voûte pour capter les eaux à la sortie des étangs supérieurs. Les chanoines menaient une vie édifiante et enrichissaient leur bibliothèque de copies executées dans leur scriptorium, de travaux originaux de certains moines, de dons, d'achats et de legs.

Parmi eux figuraient nombre d'ouvrages en langue populaire à destination des frères convers.

Les écrits originaux des religieux de Rouge-Cloître constituaient la principale richesse de leur bibliothèque : ceux de l'hagiographe Jean Gielemans (mort en 1487), la chronique de Gaspar Ofhuys (mort en 1523), les méditations d'Arnold Buderick (mort en 1444), les oeuvres de Gilles de Wilde (mort en 1502), les vies de saints écrites par Antoine Gheens (mort en 1543), ainsi qu'une des premières versions en langue vulgaire des quatre évangiles.

En bon ordre figuraient les ouvrages d'auteurs appartenant aux autres couvents de la congrégation, mais beaucoup plus nombreux étaient les ouvrages des Pères de l'Eglise : de Saint Augustin, des martyrologues, des psautiers, des ouvrages de théologie, etc. Certains manuscrits dataient du XIIe siècle.

Les écrits des années 1500 mentionnent la "Rubea vallis" (vallée rouge). Ceci indique que le terme"roo" ou "rode" avait déjà été interprété comme se rapprochant à une couleur.

Vers 1540, les chanoines s'attelèrent à la réalisation d'un catalogue collectif de tous les livres et manuscrits existants dans 105 bibliothèques conventuelles des Pays-Bas et d'Allemagne. Ce document est d'un grand intérêt pour la connaissance de l'histoire spirituelle au début du XVIe siècle. La réputation de la bibliothèque de Rouge-Cloître allait de pair avec celle de son scriptorium et de son atelier de reliure, qui rivalisait avec celui de Groenendael. Le caractère artistique de ses productions, leur élégance et leur richesse atteignirent toute la perfection possible de l'époque.

C'est durant cette période que le peintre Hugo van der Goes se retira au Rouge-Cloître en tant que frère convers, il mourut en ce lieu, en 1482.

Une  pierre apposée sur la façade de la Maison de Savoie y rappelle sa retraite.

Sources: A. MAES, Rouge-Cloître, Rood Klooster, plaquette publiée par la commune d'Auderghem et "Les prieurés de Val-Duchesse et de Rouge-Cloître. Conseil de Défense des sites historiques d'Auderghem", 1964.